Organisée, la fille: avant de partir de Thaïlande, j’ai séparé mes affaires en deux. Les cartons pour le Japon, avec tout ce dont j’ai besoin mais sans que ça tienne trop de place parce qu’ici c’est tout petit, et les cartons avec tout le reste pour la France. En particulier le surplus de vêtements d’été, les cours pour l’école primaire et les appareils électriques prévus pour le 220V. Merci au passage à mes parents de continuer à entasser mon bazar chez eux. Colis pour la France estimé à 1300€, transport par bateau puis route pour 270€: bonne affaire!
Naïve, la fille: caisse arrivée au Havre début septembre, début des mauvaises surprises avec le système des douanes françaises. Je ne suis pas restée 12 mois ou plus à l’étranger, et de toute façon je ne rentre pas en France (et après ça, je vais me tâter encore plus!). Donc, le colis ne peut pas être considéré comme “effets personnels pouvant bénéficier d’une franchise des taxes”. Comme je ne peux fournir aucune facture, l’ensemble est soumis à la taxe d’entrée maximale (17%), plus les inévitables 19,6% de TVA. Cela vaut également pour les articles achetés en France, sur lesquels j’ai déjà payé la TVA, bien sûr. Total des taxes et frais divers: 907€. Aucun recours.
Maligne, la fille: je demande combien ça me coûterait de faire renvoyer le colis au Japon! Au minimum 760€, qu’on me répond. Avec les éventuelles taxes à payer à l’arrivée ici, puis le coût de l’expédition dans l’autre sens quand je partirai, ce n’est pas plus rentable. J’aurais essayé…
Verte, la fille: mais bon, c’est pas pour râler que je dis tout ça, même si ça m’énerve un peu quand même cette enfilade de dépenses inutiles et de situations ahurissantes. C’est pour que vous ne fassiez pas la même erreur si ça vous prenait de vouloir visiter plusieurs pays à la suite sans vous trimballer tous vos “effets personnels”, quoi.
C’est comme ça qu’on dit “euh, je comprends pas!” en Japonais. Mais bientôt, je pourrai dire “youpi, je comprends un touptipeu!”. Oui, enfin, je commence les cours cette semaine! Trois heures en groupe, offertes par le NII. La semaine prochaine, j’y ajoute 1H30 de cours privé, payées par mon organisme de bourse. Un bon plan, les post-docs JSPS.
Dans deux mois, je suis bonne pour le karaoke en VO.
Suite et fin de cette délirante (et coûteuse) histoire de chambre d’étudiant à Odaiba.
La semaine dernière, j’ai perdu mon lundi matin pour faire mon entrée au TIEC, où je suis censée passer les 18 mois suivants dans les conditions exposées précédemment. Une pluie battante pour m’accompagner dans ces démarches, les bâtiments froids et gris me donnent la nausée, la déprime me gagne. Le règlement intérieur est encore pire que ce que je craignais, la chambre est petite et plus chère que prévu, avec un lit “une place”, la connexion Internet est ultra-filtrée. L’unique clé magnétique, ouvrant les portes et contrôlant l’électricité de ma chambre, ne va pas me faciliter la tâche quand je voudrai violer les règles comme gentiment conseillé par l’administration de mon institut. C’est décidé: dans une semaine pile poil, je pose mon mois de préavis! Là s’arrêtera ma part du compromis.
Dimanche, je profite de la visite de Claude pour essayer enfin ma chambre. Nuit confortable et calme, après une journée ensoleillée. Et hier matin, donc, je pose mon préavis. Là, personne ne me prend la tête, et surprise: puisque je ne suis restée qu’une semaine, ils m’offrent le mois de préavis et je peux quitter ma chambre dès le lendemain, après l’état des lieux! Par contre, les frais d’entrée (un mois de loyer…) ne sont pas remboursables; c’est toujours mieux que d’avoir à payer un mois de loyer en plus, mais à 700€, ça fait cher les deux nuits d’hôtel. Je prends donc rendez-vous pour le lendemain 10H, et je réserve le piano de 8 à 10 pour rentabiliser l’opération.
Aujourd’hui, quelle belle journée: je suis débarrassée de cette chambre, j’ai dégusté une séance d’improvisation sur un magnifique demi-queue Yamaha, j’ai fait un détour par la plage artificielle de Daiba, le soleil d’automne m’a réchauffé le cœur…
Hier soir, j’ai enfin expérimenté mon premier tremblement de terre. Waaah! Pas très fort, mais long. La table où nous dînions s’est mise à osciller… puis la vaisselle a commencé à trembler dans le placard, le lustre à danser au plafond. Je ressentais les chocs réguliers, le message de la Terre en colère. C’était comme un cœur qui bat, doux et enivrant.
Hier soir également, j’ai cuisiné des vrais épinards pour la première fois. D’accord, c’est pas bien difficile, il suffit de faire cuire les feuilles dans l’eau. Mais en France, je sortais bêtement un sachet d’épinards congelés et hop, au micro-onde. Moi qui pensais m’installer dans un pays ultra-développé! Ceci dit, les épinards d’ici sont plus faciles à éplucher, c’est déjà un progrès.
J’aime bien Shibuya, on peut tout y faire.
Samedi, je suis allée y faire du shopping, parce que j’avais bien besoin de me changer les idées. Et je voulais des chaussures de fille adaptées à la saison; le genre de chaussures qu’on peut mettre avec des jupes de toutes tailles, parce que j’en ai assez de me trimballer en jeans. Et des bottes aussi, je vous avais prévenus. Sans oublier les “chaussettes” très… nipponnes. Je fais donc du 23 ici, pas du 37. J’ai dépensé des sous et gagné quelques ampoules.
Dimanche, j’y suis retournée pour prendre des photos avec mon bel appareil tout neuf. Mais il fait encore moche, gris, pluvieux, moi qui aime surprendre les contrastes et les couleurs. Donc résultat médiocre.
Puis je suis allée au cinéma. Pas d’appel au Roi en début de séance, mais ils ont trouvé le moyen de garder le public jusqu’à la dernière seconde: ils n’allument la lumière qu’à la fin du générique. J’ai donc enfin vu “Charlie et la chocolaterie”, en anglais sous-titré en japonais. Déçue, j’ai trouvé que le film manquait d’âme, que Johnny Depp ne collait pas au personnage, et je me serais bien passée des petites danses. Disons, divertissant. Parmi les bandes-annonces, le prochain Kitano dont je ne pourrai pas profiter puisqu’ils n’auront certainement pas la délicatesse de passer une version sous-titrée en anglais…
Sans compter les restos et les bars. Vraiment, j’aime bien Shibuya.
Ainsi, ils ne me donnent pas le choix. L’intérêt du groupe l’emporte sur celui de l’individu; je suis au Japon, à moi de me plier aux règles sociales en vigueur. Même si au final, c’est bien le groupe qui finira par en pâtir, parce que je ne vais pas leur faire une bonne publicité. Je veux bien être un minimum conciliante, mais je reste une bonne Française.
Je ne créerai pas d’incident diplomatique au cours de mon premier mois au Japon, non non, je vais sagement digérer ce que cette administration brazilienne me force à avaler: je vais m’installer dans une résidence d’accueil pour étudiants et chercheurs étrangers à Odaiba. En arrivant à Tokyo, j’ai rempli un dossier pour cette résidence, je suis donc principalement en tort. Mais, à ma décharge:
J’ai expliqué à mon responsable et aux administratifs du NII à quel point il était important pour moi de pouvoir faire ce que je veux chez moi. Sinon, je ne suis pas chez moi, quoi. Que ce n’était pas une question d’argent. Que je ne m’attendais pas à ce qu’ils comprennent mes raisons, mais que je ne pouvais pas accepter étant données les conditions. Que je n’aurais pas candidaté si j’avais été informée du règlement intérieur auparavant. Et qu’ils trouveraient bien quelqu’un à qui ça fera plaisir de prendre ma place. Hier, je pensais que l’affaire était réglée. Grave erreur, je viens de recevoir un mail très clair à ce sujet.
J’emménage donc samedi prochain. Le plus drôle, c’est qu’ils m’ont expliqué que je n’avais pas à m”inquiéter: ce n’est pas parce qu’il est écrit dans le règlement que c’est interdit, que ça signifie en pratique que je ne peux pas le faire! J’ai beau étirer mes connexions neuronales dans tous les sens, je n’y comprends rien.
De toute façon, s’ils ne finissent pas par accepter au bout d’un ou deux mois que je ne veux pas de ce studio soi-disant idéal mais qui n’est pas chez moi (en plus d’être carrément pas pratique pour aller bosser et pour sortir), je paierai bêtement deux loyers. Faut pas me prendre la tête, hein. Par contre, la taxe de séjour va augmenter pour ceux qui prévoient toujours de loger chez moi: va falloir apporter encore plus de fromage…
Enfin, me voilà officiellement résidente, avé la carte de séjour, la carte bancaire, le téléphone mobile. C’est parti!
Plusieurs de mes amis ont récemment craqué pour un reflex numérique Canon, le fameux EOS 350D. J’ai attendu d’avoir de l’argent et de récupérer les deux objectifs de mon appareil argentique pour me l’offrir au Japon. Disons que mon cadeau d’anniversaire sera un peu en avance cette année.
Seulement voilà: impossible de le trouver ici! J’ai écumé les boutiques d’Akihabara et Shibuya, rien à faire. Ici, on vend le tout nouveau EOS 5D, le 20D et le Kiss Digital N. Oui, il s’agit bien du mythique groupe Kiss sur les pubs. Je me résigne donc à chercher une comparaison technique des différents boîtiers, merci le Web, et j’apprends que “350D” est bêtement le nom européen de “Kiss Digital N”. L’appellation américaine: “Digital Rebel XT”.
Récapitulons les lois du marketing international: au Japon il faut du kitsch, en Europe il faut avoir l’air sérieux, aux États-Unis il faut se la jouer rebelle. Intéressant. Bref, c’est l’heure du shopping dominical!
Mise–à-jour, 16H30: youpi!
Les toilettes japonaises ultra-modernes sont une merveille de technologie. Détection automatique de l’utilisateur, siège chauffant, petits jets d’eau avec position et force ajustable puis éventuellement délicat sèche-fesses pour réduire l’utilisation de papier, parfois même la fameuse “fausse chasse d’eau” qui couvre (soi-disant) les bruits gênants sans consommer des litres. Les petits jets, ça chatouille mais c’est bien pratique et plus écologique. Et le siège toujours tiède, comme en Thaïlande, c’est bien agréable. Bref, une belle invention.
Le problème, c’est quand les super-toilettes sont en panne ou mal réglées. Faut que je me souvienne d’éviter celles du milieu, c’est la deuxième fois que je me crame les fesses.
Je vais bientôt devoir faire un peu de shopping, l’automne s’installe et il commence à faire plus frais. Dans mes 20kg de bagages, peu de vêtements d’hiver. Je trouverai à m’habiller ici, mais ça va sacrément trouer le budget! En particulier, j’aimerais m’acheter des bottes. Le genre très en vogue ici, en France aussi paraît-il. Pas les bottes en plastique de chez Aigle, qui, aussi bizarre que ça puisse paraître, sont également un accessoire de mode ici. Non, de simples bottes en cuir, qui couvrent le mollet quoi. À moins de 200 euros, ça m’arrangerait, mais ça ne va pas être facile.
En parlant de pompes, je ne sais pas si c’est génétique, dû à une mauvaise éducation psycho-motrice ou juste pour avoir l’air cool, mais il est très répandu chez les jeunes Japonaises de ne pas savoir marcher. Leurs pieds sont fortement orientés vers l’intérieur, arquant leurs jambes et déformant allègrement genoux, chevilles et chaussures de marque. Moi, je trouve ça plutôt inélégant. Et elles doivent souffrir de graves problèmes de dos!
C’est d’autant plus étonnant que les hommes ont plutôt tendance à orienter leurs pieds vers l’extérieur, et donc marcher en canard. Ça me laisse perplexe.