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Un toit à moi

( En vrac )

Ayé! Papiers (incompréhensibles) signés, sommes (énôôôrmes) en liquide délivrées: j’ai enfin la clé de mon palace près de Shibuya!

Bon, ok c’est à Meguro mais c’est vraiment pas loin de Shibuya, je vous assure, vérifiez par vous-même. Et 47m2 pour Tokyo, c’est plus que je n’espérais pour le prix: environ 930€ charges comprises. Oui, c’est cher mais c’est Tokyo. L’immeuble ne paie pas de mine, il date de 1978 donc résistera probablement moins bien au Grand Séisme (quel bâtiment y résistera?), mais l’appartement est propre, bien conçu, calme, proche du métro et de la Yamanote. Un excellent rapport qualité-prix, oui Madame.

Balcon, grande cuisine, chambre avec des tatamis tout neufs, salon (la future chambre d’amis), salle de bain à la Japonaise avec douche à l’extérieur (on peut éclabousser partout sans se faire disputer!) et vrai furo, cette petite baignoire chauffante dans laquelle on se détend après une dure journée. Par contre, ni meublé ni équipé: il me faut maintenant tout acheter pour l’aménager… je crois que je n’aurai pas de frigo géant dans mon salon, cette fois. Et j’ai pas encore l’ADSL, donc autant dire: inhabitable en l’état!

En passant, il faut être encore plus riche qu’en France pour pouvoir louer: 2 mois de caution (récupérable), 2 mois de “cadeau” au propriétaire, un mois de frais d’agence, et un mois d’avance. Six mois à donner d’un seul coup, aïe! Par contre, les formalités sont moins lourdes que chez nous. En particulier, le garant n’a pas besoin de recopier, signer, photocopier, contre-signer des tonnes de paperasses; il n’a pas non plus à justifier qu’il gagne 5 fois plus que le montant du loyer. Non, il suffit d’un justificatif de domicile délivré par la mairie du quartier, et d’un formulaire dûment rempli et signé. Ou plutôt “tamponné”, parce qu’ici on signe avec un tampon: généralement les deux caractères du nom de famille. Je n’ai pas encore bien compris comment ce système pouvait survivre aux fraudes d’ailleurs, car les tampons en question n’ont rien de difficile à reproduire. L’un des multiples avantages à vivre dans un pays où les gens sont encore fondamentalement honnêtes, je suppose.

Bas les masques…

( En vrac )

Comme annoncé dans le billet précédent, j’ai attrappé un sale rhume. Je m’y attendais un peu, à vrai dire, puisqu’en France j’en avais un tous les deux mois alors pourquoi pas ici? En Thaïlande, j’avais préféré tester les gastros, mais me revoilà dans un pays froid. Retour aux bonnes vieilles habitudes.

Et ici, quand on est malade, on met un masque pour éviter de refiler trop facilement ses microbes aux autres. Une belle invention dans ce pays où le bien-être du groupe est censé être plus important que tout le reste. Je ne suis pas sûre que ce soit vraiment efficace, mais ça donne l’impression de s’intéresser au sort des voisins.

J’avoue, je me suis sentie un peu ridicule avec mon masque dans le métro, mais qu’est-ce que je ne ferais pas pour avoir l’air de vouloir m’intégrer. Un avantage qui n’était probablement pas prévu initialement: ça sert aussi de cache-nez! Inélégant, certes, mais ça tient chaud.

Boulot!

( En vrac )

Oui oui, des fois je travaille aussi, ne vous inquiétez pas. Mais là n’est pas le sujet de ce billet.

J’ai besoin d’aide: qui pourrait me dire ce que ça signifie? Je ne sais même pas comment ça s’écrit, mais les fans de reggae ou les gens très cultivés pourront peut-être m’éclairer: je parle du fameux “bouloooo” qui revient souvent en fin de phrase, dans ces tranquillisantes chansons en patois (créôle anglais, parlé entre autres à la Jamaïque, si j’ai bien tout compris?!).

Je me pose la question depuis dimanche. J’ai failli voir mon premier concert de reggae dans un petit bar fort sympathique, mais le chanteur avait déjà 3H de retard et mon rhume commençait à me courir sur le système, alors j’ai juste profité de la musique sur platines avant de me traîner jusqu’à mon lit. Je crois avoir compris le sens global du reste des paroles: peace, love et smoking semblent revenir régulièrement. Corrigez-moi si je suis à côté de la plaque, hein. Je débute.

Nomikai

( En vrac )

Du verbe nomimasu: boire.

Non, je n’essaie pas d’avouer que je bois trop, c’est même pas vrai d’abord: que de l’umeshu ou du kassissoussoda, même pas de quoi assommer un perroquet. C’est simplement l’appellation de ces “soirées de détente en groupe”, généralement organisées dans un izakaya, bar typiquement japonais où l’on commande à boire et à manger en continu pendant des heures. En l’occurrence, un de mes amis a organisé un nomikai vendredi dernier, avec nos collègues du NII; principalement des Japonais, quelques gaijins, une cuisine variée et excellente, et beaucoup d’alcool.

Donc, je confirme: les Japonais ne tiennent pas très bien l’alcool, et ils disent ou font un peu n’importe quoi quand ils sont saoûls. Je veux dire, pire que nous. Par contre, il est très mal venu de reparler de ce qui s’est passé pendant ces moments de dépressurisation! Ici, pas de “Ah ah, l’autre fois, comme j’me suis mis minable!”. C’est très impoli. Compris?

25 = 25

( En vrac )

L’an passé, j’ai fêté mon anniversaire au frais en me baffrant de sushis, mes amis m’ayant invitée dans un délicieux restaurant japonais de Bangkok (le genre d’endroit où les Thaïs adorent forcer sur la climatisation). Cette année, je l’ai fêté en deux fois, au frais aussi parce que c’est déjà l’hiver ici, mais sans riz parce que je commence à en avoir marre:

  • d’abord seule, la veille à Golden Gai, autant pour oublier mon âge avancé que le râteau que je venais de me prendre. Mais à Tokyo, on ne reste pas longtemps seul (en superficie, du moins)… j’ai donc rencontré un groupe de gens “qui travaillent pour la télévision australienne”, on s’est serrés dans le minuscule bar francophone La Jetée et ils m’ont offert à boire. J’aurais dû boire plus, ceci dit, parce que je n’ai pas réussi à oublier grand-chose;
  • encore seule, toute la journée qui a suivi. Me suis baladée dans Shinjuku de jour, du côté des gratte-ciels. Il faisait un temps magnifique;
  • puis “en famille” le soir: Ludovic a acheté du champagne et des petits gâteaux de chez Robuchon (oui oui), on a commandé une pizza (si si), et sa petite fille de deux ans m’a chanté “joyeuzanniversaire” depuis Lyon (merci Skype). C’était chouette.

Comment ça, ça fait trois points? Oui mais c’était pas vraiment la fête, pendant la journée. J’ai juste pris un jour de congé, quoi. Et j’ai bien fait. L’an passé, je n’avais pas pu: je faisais ma toute première journée de cours aux petits! Un cadeau merveilleux…

Errata

( En vrac )

La chaîne de supermarchés 7-eleven n’appartient plus vraiment aux Américains depuis 1991, la majorité des actions étant maintenant aux mains des Japonais. Quelle ironie!

Merci à Ramsès pour la rectification.

Petites boîtes, très étroites…

( En vrac )

Depuis mon arrivée, je n’avais pas encore eu l’occasion de reprendre ma tournée des boîtes de nuit tokyoïtes, entamée il y a deux ans. Vendredi, j’ai décidé de m’y remettre en commençant par le Unit, club sympathique dans le quartier d’Ebisu. Il m’aura fallu attendre jusqu’à 2H30 pour profiter pleinement de la musique, que les Glimmers, excellente paire de DJs belges, fassent monter la sauce. Mais j’ai passé une très bonne nuit!

La soirée avait pourtant mal commencé: j’ai mis une heure à trouver un distributeur qui accepte ma carte bancaire! Trois banques et quatre kombinis (1) plus tard, j’ai finalement dégotté un 7-eleven (2) me permettant de retirer du liquide. Et enfin manger ce délicieux okonomiyaki (3) dont j’avais tant envie, dans un petit resto du coin que j’adore. Ouf.

Rentrée à 6H par l’un des premiers trains, pour me lever 5H plus tard et chercher un appartement. Merci à Ludovic pour son aide d’ailleurs, puis l’agréable après-midi passée en compagnie de son ami tenant l’agence immobilière qui va s’occuper de mon cas. Mission difficile, parce que j’ai des critères stricts. Mais j’ai confiance: je trouverai mon palace pas cher à Shibuya. Ou au moins une bonne approximation.

NDLT:

  • (1) petits supermarchés, souvent ouverts 24h/24 et dont certains possèdent des distributeurs de billets
  • (2) chaîne américaine de ces fameux supermarchés, apparemment les seuls dans lesquels je peux retirer du liquide avec ma carte de la Shinsei Bank
  • (3) mélange de pâte à crêpe, chou, viande/poisson/autres et divers ingrédients typiquement japonais, cuit sur une plaque chauffante; mon préféré est celui aux crevettes

À l’anglaise

( En vrac )

Hier soir, j’étais invitée à un roast dinner, un repas dont le plat principal est une viande rôtie. Apparemment, ça se fait beaucoup en Grande-Bretagne, et justement j’étais invitée par un Anglais et sa copine Singapourienne. D’après eux, il manquait quelques ingrédients indispensables, difficiles à trouver au Japon, mais j’ai apprécié le rôti de bœuf et ses accompagnements variés. J’avais apporté le vin: un délicieux petit Côte du Roussilllon et un ignoble Pinot Noir. Le choix d’un vin français est tellement risqué par ici…

Un légume leur faisant cruellement défaut: les parsnips, censés ressembler à des carottes pas oranges. En googlant avec eux, j’ai pu découvrir quelques images de ce tubercule blanc comestible qui m’était inconnu, ainsi que son nom français: le panais. J’ai également appris que ça se cultivait partout en Europe avant l’arrivée de la pomme de terre, mais que maintenant seuls les Anglais en mangent. Information provenant de la version francophone de WikiPedia.

Vexés, ils se sont mis en quête d’autres sources: l’article de WikiPedia en anglais dit simplement que l’usage de ce légume est moins courant de nos jours, alors que l’article en allemand considère qu’il est encore consommé notamment en Grande-Bretagne, en France et aux États-Unis.

Comme disait quelqu’un que j’aime beaucoup: étonnant, non?

Dure fin de semaine

( En vrac )

Un week-end dense et plein de surprises, dont certaines qui ne peuvent arriver qu’ici.

Quantum Friday: comme presque tous les vendredis depuis mon arrivée, je suis sortie avec la bande de physiciens quantiques du NII. Ça me change des informaticiens. Pour une fois, c’est moi qui commandais les plats: nous étions au Bretagne à Omote-Sando, pour s’exploser l’estomac avec de délicieuses galettes et crêpes flambées.

Micro-bulles et nano-pinces: samedi après-midi, l’association ScienceScope organisait une série de présentations sur le thème de la mécanique des fluides. J’ai appris comment fabriquer des pinces microscopiques pour attrapper des brins d’ADN, et comment nettoyer l’eau salie par la production de tofu en créant des micro-bulles d’air dans un tube Venturi. Waaaah! J’y ai retrouvé Fabien, que j’avais rencontré il y a deux ans, et d’autres jeunes chercheurs français forts sympathiques avec lesquels nous sommes allés boire un verre.

Rencontres fortuites: pour me changer un peu des physiciens, j’ai décidé de passer le reste de la soirée seule à Shinjuku. J’avais repéré un bar dans mon guide, en plein dans l’étrange mais adorable quartier Golden gai: un petit pâté de maisons minuscules, des bars et des restaurants où l’on rentre difficilement à plus de 7, des salons apparemment très spéciaux… le bar que je cherchais était fermé, dommage. Sous le charme de l’endroit, je commence à prendre des photos des bâtiments.

Et je me fais clairement engueuler en Japonais par une barmaid acariâtre! Shashin dame! qu’elle disait. Un jeune homme vient à mon secours et m’explique, dans un anglais parfait, que je risque d’avoir de gros problèmes si certaines personnes n’apprécient pas d’être prises en photo dans cet endroit si particulier. Mais je n’ai rien à craindre: il est “policier de l’armée”! Il m’invite à prendre un verre chez son ami(e) qui tient un de ces petits bars, et qui a subi une transformation réussie pour devenir une belle jeune femme. Je découvre un cocktail simple mais excellent: kassissoussoda, de la crème de cassis à l’eau gazeuse. On me présente aux autres habitués: un grand auteur de polars, un photographe et une fille “qui est toujours tellement saoûle qu’elle n’arrive même pas à prendre le taxi toute seule”. Tous très gentils, des échanges vraiment intéressants: j’y retournerai!

Burton et Dogenzaka: dimanche, j’avais prévu de voir Corpse bride, le dernier Tim Burton (j’ai bien aimé, mais je préfère de loin A nightmare before Christmas). Je passe acheter les places en avance, et décide d’aller faire une sieste dans un salon de thé. Je cherche à nouveau dans mon guide magique un endroit original, perdu au milieu des love hotels et des sex shops de Shibuya, dans le quartier Dogenzaka: un café cossu, spécialisé dans la musique classique! Murmures à peine tolérés: impeccable pour travailler, lire ou… dormir.

Puis je retrouve mon ami au cinéma, puis on cherche un endroit où prendre un verre: direction la Ruby room, une espèce de bar/boîte qui accueille régulièrement des groupes live, dans le même Dogenzaka que j’aime bien. Sans le savoir, nous nous sommes retrouvés en pleine soirée privée, suite à un mariage Sri Lankais… 10mn après notre arrivée, la musique s’arrête et on sent la tension monter. L’un des organisateurs nous conseille de partir, car les fêtes de famille semblent habituellement mal finir… on termine donc tranquillement la soirée dans un autre bar.

En fait, c’est surtout le début de la semaine suivante qui est dur.