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Questions de lycéennes…

“En France, toutes les filles sont aussi jolies et bien habillées que vous?”

Gloups. Heureusement, celle-là, elles ne me l’ont posée qu’à la fin, en privé! J’ai senti le sang me monter aux joues, et j’ai balbutié qu’en France, on trouve que ce sont les Japonaises qui sont jolies et bien habillées. Elles ne m’ont pas crue, ces attachantes adolescentes cachant leurs rires gênés derrière leurs mains, comme le font les Japonaises de tout âge. À part ça, j’ai été ravie qu’on me pose des questions, mais surprise que seules les filles osent prendre la parole. À croire que la guerre des sexes est universelle.

J’ai donc passé environ une heure en compagnie d’une quarantaine d’élèves d’un lycée Japonais, à leur présenter une version très édulcorée de mon domaine de recherche. Parler de créatures virtuelles, d’intelligence artificielle, d’émotions simulées à ceux qui ont grandi au milieu des AIBOs et autres tamagochis, c’est tout de même plus facile que pour les physiciens quantiques. Mais ça reste un exercice délicat, la vulgarisation! Surtout lorsque le public n’est pas à l’aise en Anglais. Heureusement, un des doctorants de mon équipe s’était dévoué pour m’accompagner. Ma première performance avec traduction simultanée!

Ah, dans les écoles aussi, il faut se déchausser. J’avais l’air maligne, moi, en jupe longue et chaussons en plastique… je me suis cachée au plus vite derrière le bureau. Les élèves portent des baskets blanches, partie de l’uniforme, qu’ils rangent soigneusement dans leurs casiers avant de remettre leurs chaussures de ville.

Autre surprise de taille: le salut en début et fin de cours. Au signal du professeur, la classe entière se lève, baisse humblement la tête et marmonne je-ne-sais-quoi, avant de se rasseoir. Je ne savais pas quoi en faire, alors j’ai gentiment répondu tout pareil. J’espère que je n’ai pas bousculé les règles ancestrales!

Et comme à chaque fois que j’ai eu l’occasion d’enseigner, je me suis vraiment fait plaisir… ouain, pourquoi je suis partiiiiiiie?!

Parasites!

( En vrac )

Ce matin (enfin, il était déjà midi et demie car je me suis octroyée une délicieuse grasse matinée, après plusieurs grosses journées de travail terminées fort tard) (oui bien sûr, c’est ma faute si je suis toujours à la bourre pour finir articles, rapports, présentations… mais là n’est pas le sujet de ce billet)… qu’est-ce que je disais déjà?!

Ah oui, ce “matin”, donc, j’ai gentiment proposé mon aide à trois pauvres touristes Américains. Leur plan à la main, devant la station Meguro, ils cherchaient la grande attraction du quartier: le musée de parasitologie. Si si. Non seulement ça existe, mais c’est juste à côté de chez moi. Bien sûr, comme c’est juste à côté de chez moi, je n’y suis encore jamais allée. Il faudra que je le fasse avant de partir.

Mais pour l’instant, j’ai pas le temps. Même quand je croyais me débarrasser de mes invités, d’autres arrivent. Je râle, mais ça me fait plaisir hein. En fait, ça m’irait très bien si je n’avais qu’à organiser les vacances de tout le monde, et que j’étais payée pour ça. Las! Je suis censée bosser, un peu, aussi. Et ça prend du temps, c’est fou. Alors je lance un appel limite désespéré:

“Femme célibataire, plus très jeune mais encore mett… capable de cuisiner un bon gratin dauphinois, cherche homme riche prêt à m’entretenir. Pauvres, même beaux-gentils-drôles, s’abstenir.”

Je veux devenir un parasite. Avec porte-jarretelles si nécessaire.

Secousses

( Humeurs )

Hier matin, vers 6H30, nous avons eu un de ces fréquents petits tremblements de terre. Il m’a réveillée, et je suis restée attentive pendant une dizaine de minutes au cas où les répliques deviennent plus fortes, mais non.

Pas une très bonne nuit, d’ailleurs. Car la veille, j’avais reçu une secousse plus intense: un couple d’amis, parmi les rares dégottés à Tokyo, ont décidé de se séparer. Décision plutôt inattendue pour nous, même si quelques tensions étaient perceptibles à qui voulait bien écouter. J’ai aidé Elle à préparer sa valise et quelques cartons, on finira la semaine prochaine. Puis j’ai rejoint Lui pour prendre un café et discuter un peu.

J’ai accepté de me retrouver au milieu, car je ne voyais pas qui d’autre aurait pu s’en charger, et puisque je me souviens de la douleur, de l’incompréhension, de la difficulté à laisser tomber, de l’espoir ridicule qu’il puisse encore arriver un miracle. Sans prendre partie, car personne n’est vraiment à blâmer. Juste la triste constatation, au bout de nombreuses tentatives, que malgré le sentiment amoureux et les projets communs, ça ne peut pas marcher.

Ça a brusquement réveillé des choses enfouies, que je m’empresse depuis de remettre à leur place.

Et j’ai repensé à ces amis communs, qui s’étaient retrouvés entre Nous. Je n’aurais pas aimé être à leur place…

Souuuuuuuuus le soleil…

Le week-end dernier était judicieusement prolongé par un lundi férié, pour cause de fête du Sport et de la Santé. Pendant que certains s’insurgeaient contre les tentatives de feux d’artifice de nos amis-voisins Nord-Coréens, mes deux visiteurs et moi-même étions tranquillement en train de profiter du temps magnifique dans la péninsule d’Izu. Enfin, de l’air!

Baignades dans l’océan (pour eux), mitraillage photo (pour moi), onsens deux fois par jour (pour tous), dont un adorable rotemburo (bain extérieur) en haut d’une falaise presque bretonne, face au coucher de soleil… beaucoup de train et de bus aux horaires délirants, et j’ai dû parler Japonais souvent, c’était un peu crevant mais tellement bon.

Puis lundi soir, découverte du théâtre , dans la cour d’un temple de Kamakura, ancienne capitale blindée de temples et d’autels à moins d’une heure de Tôkyô. Alors, comment décrire le . C’est… euh… particulier. Intéressant. Un peu comme l’opéra, en plus abstrait et plus lent, pas vraiment chanté mais pas vraiment parlé non plus. Un poil limite ch… long. Le spectacle était découpé en trois actes: un loooong drame, une courte pièce comique, un loooong drame. On a zappé la troisième partie.

Le premier drame a duré 1H50. J’ai dormi la moitié du temps (ce qui est parfaitement admis ici, je le rappelle), puis j’ai observé minutieusement les allers-retours au ralenti des acteurs, dans leurs extraordinaires costumes, et essayé de comprendre les paroles: mission impossible, m’a-t-on expliqué par la suite, car même le public nippon ne saisit pas la moitié de ces textes psalmodiés en vieux Japonais.

Le Kyôgen, petite détente entre les deux pièces dramatiques, plus rapide et en Japonais moderne prononcé normalement, ressemblait à un sketch à la Molière, histoire de maître râleur et de valet malicieux. Mais avec un petit côté étrange: l’invité du maître se transforme en moustique, que le maître assomme à coup d’éventail géant. Quand même plus dynamique, et plus facile à suivre.

Pour résumer: Izu, en particulier Shuzen-ji et Dôgashima, j’y retournerai c’est sûr, mais en louant une voiture. Le , c’est comme le Fujisan: contente de l’avoir fait, mais on ne m’y reprendra plus.